Retraite de silence à Sénanque… La vraie Vie ou la fausse Vie…. Partie 3/6

2ème jour…

9h. J’ai mieux dormi. Youpi ! mais j’ai eu froid. Le vent s’est levé dans la nuit et la maigre couverture ajouté à mes pieds n’a pas suffi. J’aurais pu en rajouter une autre… mais le placard est trop loin dans mon demi-sommeil ! et puis je déteste le poids des couvertures et leur manière de ne pas vouloir accompagner souplement les mouvements et glisser invariablement sur le côté dès que je me tourne. Les couvertures de Sénanque ou d’ailleurs… Je déteste tellement les couvertures que j’avais prévu le coup en emportant ma couette. Elle est juste sagement empaquetée et attend … dans ma voiture ! trop honte de débarquer le premier jour avec tout mon barda ! Le premier soir, il a fait chaud dans la chambre et je me suis dit que j’avais bien fait finalement de l’abandonner dans le coffre. Mais comme a chaque fois ici, la nuit s’est rafraichie grave ! J’ai récupéré la couverture dans le placard. Mais cette nuit… j’ai regretté mon manque de courage. Ma couette me manque. Et le pire c’est que je sais déjà que je n’irai pas la récupérer ! ou alors il faudrait qu’il gèle !

Hier soir, j’ai sorti mes petites fioles de Bach. Evidemment, de toutes celles que j’ai emportées, manquent à l’appel Aspen. Justement celle que je voulais tester.

Ok… Tout est information et énergie ? J’écris son nom sur ma main.

Bizarrement, rien que de voir ce mot écrit sur ma main m’a effrayée ! J’y voyais écrit : peur, cauchemars, tremblements ; guerre… Une fois couchée, j’ai longuement regardé ma main en me demandant si j’allais pouvoir m’endormir avec cette marque. J’ai pris mon courage à 1 main et l’ai posée sur mon ventre en pensant à la fleur. Dans la nuit, je me suis évidemment réveillée plusieurs fois, surprise de m’entendre répéter mentalement son nom : Aspen…. Aspen.

Mon dos n’est plus en compote…. Je ne peux pas dire que je trouve pépé Simmons confortable, pas du tout. Mais j’ai la sensation de m’être moins battue avec… ou contre lui. Peut-être plus préoccupée par le vent ? Heureusement qu’il n’a pas soufflé dès la première nuit. Parce que là, c’est sur… Je me serais barrée.

J’ai rêvé bien sûr. Mais je n’ai pas eu cette sensation de cauchemar. Mon esprit est plus calme. Cela dit, à 4 h 30 , les Vigiles m’ont bien attendue. Pas question de mettre un orteil dehors. 7h15 , les Laudes. M’ont pas vue non plus. Je reconnais que cette fois, c’est vraiment compliqué d’entrer dans le rythme. Je sens bien que je fais de la résistance. Tiens… je devrais aller dormir dans la ferme Debroussède.

Vont-ils me voir pour la messe ? Bouh !! Rien que ce mot me dérange !

On verra bien. En attendant, pas de ballade. Je reste dans ma chambre, il faut que j’avance sur les Fleurs.

13h30 ; j’ai bien travaillé. Je teste Beech pour ma rhinite. Au moins pour ça. Et toute cette raideur en moi.

Cette fois, je n’ai pas raté l’heure du déjeuner. C’est le frère asiatique qui remplace aujourd’hui le frère hôtelier. Déjà que je ne comprenais pas grand-chose aux prières, mais là… ça devient encore plus compliqué !

J’aime bien ces repas à l’hôtellerie. Il y a toujours de très bons légumes, de très bons fruits. Je ne sais pas si tout vient d’ici, en tout cas, c’est succulent.

Philippe Etchebest[1] à ma droite se marrait un peu ce midi. C’est sûr, question présentation, on est loin de la finale Top Chef !

En revanche, Mike Horn en face de moi n’a pas bronché. Tu m’étonnes ! pour une fois qu’il n’est pas obligé de tuer de ses mains un alligator pour se nourrir !

Oui… mon mental est toujours en ébullition. Je ne parle à personne depuis mercredi soir. A part un petit merci quand on me tient une porte ou qu’on me passe une carafe d’eau… En revanche, mon mental, lui, a tous ses potes avec lui. Tiens… J’ai pas encore vu Stéphane Plazza[2]. Avec une double vasque dans la chambre, c’est sûr, qu’il aurait été le premier à débarquer dans l’aventure.

Tout ça pour constater que je ne regarde que des trucs à la con à la tv. En tout cas, le présentateur du journal n’apparaitra jamais. Je ne sais même pas qui c’est et ça ne m’intéresse pas du tout. Heureusement d’ailleurs ! parce que là, ce n’est pas 4 jours à Sénanque qu’il me faudrait pour me débarrasser de toute cette énergie négative des infos quotidiennes !

A la fin du repas, ma voisine de table m’a proposé son morceau de fromage. Une portion de camembert enveloppée dans son papier alu. C’est facile pour communiquer : elle te le met sous le nez et il suffit de faire oui ou non de la tête. J’ai fait non. L’autre à sa droite à fait non aussi. La voisine à la table en face a fait non mais celui du milieu a fait oui avec un air réjoui. Le temps s’est arrêté. J’ai vu que tout le monde se demandait comment ce morceau de fromage allait bien pouvoir arriver sur la table à 3 mètres en face. Ni 1 ni 2, j’ai pris le morceau et l’ai envoyé à son destinataire par la voie des airs. Il le réceptionne et immédiatement place son doigt sur sa bouche pour un chut à l’assemblée au cas où ils se seraient tous levés pour me faire la Ola !

Ma voisine, mi- amusée, mi- frustrée m’a dit tout bas : « oh ! vous avez osé faire ce que je pensais ! ». Un petit sourire pour acquiescer…Et je retourne à mon silence.

Il y a plusieurs mondes sur cette terre. Ce midi, c’était celui de Oui-Oui.

De retour dans ma chambre, la fleur n°6 m’attend, prête à dégoupiller… Cherry Plum.

J’irais bien me balader mais le vent a redoublé de force.

14h30, None. Je pense qu’ils ne me verront pas encore. J’ai le choix… Fleur ou sieste.

J’ai fait les deux…. Plus une balade vers la boutique de souvenirs. Descendue dans la cour devant l’abbaye, merde… j’ai oublié mes lunettes de soleil. Je reviens sur mes pas et une petite dame m’interpelle : « vous partez ? ». « non ! je vais à la boutique ». « Oh ! moi aussi ». « Je monte chercher mes lunettes de soleil., vous m’attendez ? ». …. « vous m’attendez » !!!!???? au moment même où j’ai prononcé ces mots je me suis demandé pourquoi ! Pourquoi ai-je dit ça ? Je ne sais pas. Un réflexe. « oui, oui. Je vous attends ». Et re-merde ! j’ai pas envie de communiquer, moi ! Déjà ces 10 mots m’ont fatiguée.

Bon. Il doit bien y avoir une raison ? Elle va peut-être m’aider dans mes questionnements ? Je récupère mes lunettes et en route pour la boutique avec ma nouvelle copine.

Sur la distance qui nous sépare de la boutique, c’est-à-dire, 300 mètres, j’apprends qu’elle fait régulièrement des retraites. En Bretagne, en Normandie, en région Parisienne… C’est la première fois ici. « et vous ? ». « moi ? c’est toujours ici…. De temps en temps ». 8 mots. Mais en fait, je ne suis pas catholique. 8 mots.  « ah bon ?! mais vous êtes croyante, quand même ? »……. Silence. Je ne préfère pas m’étendre. « Dites-moi, vous qui êtes de la partie…. Vous pourriez m’expliquer les différents Offices ? ».

Elle n’a pas su. Elle m’a parlé des Matines. Sans doute un vieux souvenir de Frère Jacques ? « Heu… Vous voulez dire, les Vigiles ? ». « ah oui ! sans doute ! ». Bon bref…. Elle n’y connait rien. Mais avant de me laisser, elle m’a quand même suggéré de prendre des cours de ‘cathé’ pour adulte. « non merci. » avec un sourire. « Ah bon ? vous ne voulez pas vous faire embrigader ? ». « Heu… Vous êtes sûre que c’est le mot qui convient ? »….

On s’est recroisées aux Vêpres à 18h et aux Complies à 20h15. M’a plus adressé la parole ! Juste au moment de faire la vaisselle, quelques mots : « vous avez acheté quelque chose à la boutique ? ». « oui ! un beau livre sur les lettres hébraïques ». Pas de réponse de sa part. Elle ne doit pas connaitre non plus !

En parlant des Vêpres, il y a un chant de l’autre monde interprété uniquement par les moines. Une splendeur. Rien que pour ça, je suis contente d’y être allée.

A l’adoration du Saint Sacrement, ma méditation à moi, j’ai ressenti comme un bien-être furtif… quelques secondes comme ça.. de lumière intérieure…. Un bien fou.

Demain, samedi. Le temps s’égraine tranquillement au rythme des cloches, des prières, des repas… Rien d’autre… Plus que deux jours. Il est temps qu’il se passe quelque chose. Demain, je tente un saut du lit à 4h15 pour les Vigiles.

En attendant le sommeil, je vais feuilleter ce magnifique livre que j’ai découvert au bas d’une étagère de la boutique : « l’arbre des archétypes », les lettres de l’alphabet hébreu comme figures et nombres. Voilà qui me parle mieux.

….

Suite de l’aventure dans la partie 4/6…..

[1] Philippe Etchebest, est un chef cuisinier et juge de l’émission de tv : Top Chef

[2] Stéphane Plaza est un agent immobilier qui anime l’émission de tv : Chasseur d’appart’.

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