Retraite de silence à Sénanque… La vraie Vie ou la fausse Vie…. Partie 5/6

Je me suis rapidement endormie, engloutie à nouveau dans de nombreux cauchemars.

La cloche de Vigiles a sonné, ils ont prié sans moi. 7h a sonné. Cette fois, je n’ai pas envie de rester plus longtemps avec pépé Simmons, d’autant qu’un moustique de l’autre monde commence à me rendre folle. Je file au petit déjeuner, un thé et direction les Laudes. Je m’installe et là, je m’aperçois que Larch a complétement disparu de ma main. Je l’ai gardé 2 nuits. 2 nuits sans cauchemar. C’est dingue ça ! Mais apparemment, ce n’est pas suffisant. Si les cauchemars reviennent c’est qu’il me faut l’associer à une autre fleur. Je commence à comprendre les mécanismes de Bach.

Du coup, je tente une autre expérience, j’écris Mustard sur ma main pour la journée. La fleur de la Lumière. Va-t-elle m’aider à ressentir la Joie ?

Je me suis préparé un thé. Déjà au travail…. Avec l’envie.

 

Quel début de journée ! il s’est passé tellement de choses en si peu de temps que je ne sais par où commencer :

Mustard commence à faire effet ! Les 3 offices que j’ai suivis ont déclenché chez moi des émotions inattendues. J’avais l’impression que le chant des moines entrait en moi et ouvrait un espace à l’intérieur…. Une émotion étrange de Lumière.

Après l’office de 7h45 (les Laudes), j’ai eu envie de bouger, sortir, respirer…. Je n’ai pas eu le temps de grimper là-haut au risque de redescendre en sueur alors qu’aujourd’hui, j’aimerais aller à l’office de 10h. Alors, direction la boutique pour aller visiter l’abbaye. Je croise sur le chemin ma petite voisine de table, celle du fameux camembert. Elle m’informe que la boutique est fermée. On commence à échanger sur Sénanque. Elle la connait par cœur. Elle fut l’une des premières, peut-être même la première à venir en retraite ici il y a 30 ans. Elle me raconte s’être retrouvée toute seule avec les moines pendant plusieurs jours. Elle, minuscule… les suivant sagement dans le cloitre. Elle est passionnante. Elle me conseille d’acheter un livre « Les pierres sauvages » de Fernand Pouillon et non ‘couillon’ me dit-elle avec le même petit air amusé que l’autre jour quand j’ai lancé le fromage.

Je tente à nouveau ma question sur la signification de tous ces offices. Je ne sais pas si c’est la vraie définition, mais elle en a une très poétique des Vigiles : lorsque les hommes dorment, le moine veille sur eux et apporte leurs prières à Dieu.

Ce petit bout de femme, qui se dévisse le cou pour me regarder a été prof de lettres. Elle a écrit 3 livres. Elle me confie qu’elle est nulle en communication, qu’elle n’est sur aucun réseau social et que son éditeur a mis la clé sous la porte ! Elle se retrouve avec ses livres sur les bras, sans vraiment savoir quoi en faire. Je lui demande lequel est son préféré. « je le veux. Je vous l’achète. Maintenant. ». « mais mais mais….. je ne sais pas, j’ai peur d’oublier ! je ne rentre pas chez moi avant la fin de l’été !». Décontenancée, elle cherche toutes les excuses possibles pour ne pas prendre mon argent. « je prends votre adresse, je vous l’enverrai et vous me réglerai en retour ? ». «Non. Je règle maintenant et je vous paie aussi les frais de port ». J’ai cru qu’elle allait s’évanouir. Elle me propose un prix, il faut que j’insiste pour ajouter les frais de port…. Je suis morte de rire. C’est clair, le commerce c’est pas son truc !

C’est curieux, hier, dans la boutique, j’ai feuilleté au hasard un livre de petites phrases, et je suis tombée sur : « payez vos loisirs à l’avance. Comme ça, quand ils arrivent, c’est comme un cadeau ». Je trouve ça génial. Et me voici à mettre en pratique cette belle philosophie. Je paie mon livre et c’est sûr, quand il arrivera, ce sera une belle surprise, comme un cadeau qui me rappellera cette jolie rencontre.

Nous rentrons de cette brève sortie… Le frère hôtelier me tombe dessus. « vous connaissez l’oratoire? ». « bien-sûr ! ». Tu parles ! je ne vais pas lui dire « heu, non ! c’est quoi ton truc ? » ! là c’est certain, il fait une syncope. En fait, j’ai juste vu ce mot écrit sur une porte du premier étage. Je n’ai jamais eu l’idée d’aller voir derrière ce qui s’y passe. « et bien, rendez-moi service, s’il vous plait. J’ai emprunté là-bas ce briquet tout à l’heure, et il faudrait le remettre sur le bord de la fenêtre. ». J’ai failli lui dire « ah ah ! on fume en cachette, petite canaille ! » Mais…. Bon…. J’ai évité. Une intuition comme ça… Il m’adresse la parole ! c’est déjà beau ! Pour les blaguounettes, on attendra.

Je file vers la fameuse porte que je pousse pour la première fois. J’ai l’impression d’être une aventurière ! Tin tintin…. Alors ??? bah bof ! c’est une sorte de débarras avec une armoire immense. Mais il y a une autre porte !! quel suspense ! je pousse cette nouvelle porte et là je découvre un endroit magique. Petit, douillet… une sorte d’autel, des bougies et quelques symboles religieux…. il y règne un calme absolue. Depuis tout ce temps que je viens, je n’y avais jamais mis les pieds.

Je ne peux pas rester trop longtemps car ma nouvelle copine m’attend pour que je lui donne mon adresse pour le livre.

Nous montons dans nos chambres, la sienne, juste à côté de la mienne est minuscule. Un placard. Elle râle un peu en me la montrant « pffff…. ça fait 3 ans que je l’ai ! la prochaine fois, j’en demande une autre ». Elle continue en me disant à voix basse qu’il existe ici une chambre magnifique avec sa propre salle de bain ! « vous vous rendez compte ?!! je crois que c’est la 39». Elle m’en parle avec des étoiles dans les yeux ! Elle me fait beaucoup rire. Quand je lui explique que j’ai eu l’immense chance d’occuper cette chambre pendant toute une retraite, elle écarquille les yeux et j’y vois presque de l’admiration…. J’adore cette dame, elle est drôle !

…. La nouvelle que l’office de None se passe dans la petite chapelle s’est vite propagée. Et nous sommes 6 devant l’accueil à attendre que les petites dames du secrétariat veuillent bien nous ouvrir la porte du cloitre qui y mène. Elles nous expliquent que les moines sont obligés de fermer à cause des touristes qu’ils retrouvent errants un peu partout. Jusque dans leurs chambres….

J’apprends que le fameux « nouveau pensionnaire », F…., est en sevrage de tabac et qu’elles le surveillent de près (rire de ces petites dames) et prient -avec beaucoup d’humour- pour lui. Tout le monde y va de son petit commentaire. Bon là, c’est définitif, ma retraite de silence en prend un sacré coup dans l’aile. Forte de mes révisions, je lui propose mes Fleurs, qu’il accepte bien volontiers: « tout ce qui pourra m’aider, JE PRENDS ! ».

J’apprends également que nous mangeons bien tous les légumes du jardin mais aussi qu’ils les vendent ainsi que le miel du frère JC. Il paraitrait que ce miel est si délicieux que des Parisiens surveillent de très près sa sortie en appelant régulièrement pour ne pas le manquer ! aaaaaah ! ces Parisiens ! sur tous les coups !Et c’est pareil pour la succulente huile d’olive.

Aller… La petite dame nous mène à la porte du cloitre, la referme derrière nous et nous avançons, enfin… en silence, vers la petite chapelle. Moi en tête, héhé ! je connais le chemin ! Mais…. Je me cogne contre la porte. Verrouillée ! Les frérots n’avaient pas envie de nous voir cet après-midi ! Nous nous retrouvons tous les 6 … Cloitrés !

Direction la salle du chapitre où nous prenons place, de manière très curieuse d’ailleurs… Bien espacés les uns des autres….. Les yeux écarquillés, à scruter les moindres détails de cette pierre de mille ans… a tenter de ressentir le temps, l’énergie de ce lieu tellement chargé d’histoire… Un moment unique. Les frérots ont bien fait de nous laisser dehors.

Plus tard, la petite dame est revenue nous chercher, désolée que nous n’ayons pu entrer dans la chapelle…. Nous, pas autant qu’elle !

 

Je file dans ma chambre chercher mes Fleurs de Bach promises à F… tout à l’heure, et redescends pour lui donner. Ils sont deux à attendre dans la cour.

En tendant le petit flacon à F… , je leur explique les vertus des Fleurs et c’est tout naturellement que nous avançons tous les trois vers un coin d’ombre pour échanger sur nos parcours. Le hasard n’existe pas, nous sommes tous les trois dans une activité d’accompagnement. Nous avons la même façon de voir les choses, d’appréhender les évènements…Nous nous comprenons sans trop en dire. C… quitte la retraite cet après-midi. Nous avons vécu 3 jours cote à cote sans jamais se parler et à quelques minutes du départ, les mécanismes de l’Univers se sont organisés pour qu’avant son départ, nous puissions échanger, nous encourager mutuellement par des mots que nous entendons de la même manière et qui font du bien pour avancer. On se reverra …. Ou pas. C’est aussi ça, Sénanque.

Nous avons accompagné C… jusqu’au parking. Je ne comprendrai jamais ce phénomène étrange. Nous ne nous connaissons pas et pourtant…. Nous avons tous les trois ressenti ce petit pincement au cœur de la séparation.

16h30… Je vais commencer à plier bagage et ranger ma chambre pour profiter un maximum de ce dernier soir et partir tôt demain matin, sans faire de bruit. Déjà demain…. C… avant de partir a parlé de nostalgie. Je le comprends. C’est curieux cet ascenseur émotionnel que procure ce genre d’expérience.

Je suis retournée à l’Oratoire et y ai passé plusieurs minutes, seule, dans le silence… Puis le temps de pause après l’office de None m’a remplie de ce quelque chose d’indéfinissable, comme un retour vers soi.

Je regarde par la fenêtre en écrivant ces mots…. Mon mur va me manquer !

 

J’ai demandé au frère hospitalier de le voir avant de partir. Je voulais m’excuser. Ma réaction était trop vive et disproportionnée. Je ne critiquais pas « sa » chambre, j’étais juste trop, beaucoup trop tendue. Il m’a répondu : « tout à l’heure, au diner ».

 

On s’est croisés ……« tout à l’heure, au diner », mais il ne m’a pas calculée. Dommage. Il n’a pas eu le temps sans doute. Ils sont débordés finalement ces messieurs ! ça court partout !

En tout cas, voilà. Il ne m’a pas calculée, mais ce n’est pas grave. Je sais qu’il fait du mieux qu’il peut. Il m’a accueillie les bras ouverts, en d’autres temps, quand j’étais tellement mal, le jour de la chambre 39. Aujourd’hui, j’avais envie de lui exprimer mes regrets car je ne voulais pas partir sur cette mauvaise note. ….

L’Univers m’a entendue. A la fin du dernier office, il s’est approché de moi et m’a soufflé « on se voit après ». Et on s’est vus après. Je l’ai remercié, pour leur accueil, leurs chants…. Le bien être que l’on ressent au fil des jours dans ce retour vers soi….. Je lui ai expliqué plus tranquillement mon ressenti du départ et je lui ai demandé de m’excuser pour ma maladresse. Il est resté silencieux puis a dit : « alors ; la prochaine fois, je vous redonne la 35 ». C’était pas une question. Mais il a souri immédiatement après.

On s’est dit à bientôt. Son au revoir à lui c’est « soyez en Paix ». Je repars heureuse.

Petite dernière promenade du soir autour de la vieille Sénanque. Je retrouve F… et le Frère Pierre se greffe à nos échanges lors d’une dernière tisane dans le réfectoire.

Je remonte dans ma chambre. Ça fait bizarre de se dire que dans quelques heures, après cette dernière nuit, je reprendrai le cours normal de ma vie.

J’ai trouvé un livre dans la bibliothéque de l’hôtellerie. C’est un recueil d’histoire d’humour et de sagesse. J’ouvre le livre au hasard :

« Un ours arpentait les vingt pieds que lui laissait sa cage. Lorsqu’au bout de cinq ans, on fit disparaitre la cage, l’ours continua d’arpenter les mêmes vingt pieds, comme si elle était toujours là. Elle y était. Pour lui. »

Je vais méditer là-dessus……

Suite de l’aventure dans la partie 6/6…..

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