Retraite de silence à Sénanque… La vraie Vie ou la fausse Vie…. Partie 4/6

4h15… Premier tintement dans la nuit… pas un bruit…. Pas un souffle de vent… je me lève.

Rapide passage au lavabo, brossage de dents… je saute dans mon jogg. C’est décidé, je rejoins les frérots pour Vigiles. Le plancher grince sous mes pas. Ça doit être l’enfer pour celui ou celle qui dort sous ma chambre. Je suis au bout du couloir …il me faut le traverser pour rejoindre la sortie. Tour de verrou… Grincement de porte … re-grincement de parquet sur toute la longueur du couloir… re-grincement de porte… je descends les quelques marches et je traverse la cour qui sépare l’hôtellerie de l’abbaye. Les graviers crissent sous mes pieds, j’ai l’impression que le moindre déplacement, dans cette nuit de silence, se propage et résonne à des kms. J’avance tout doucement, je pousse la porte de l’abbaye. Une vague de chaleur m’enveloppe.

3 personnes attendent sagement l’arrivée des moines. 3 hommes. Pas de copine d’hier. Ça doit pas être son truc les offices de nuit !

Je me place derrière eux et lève la tête : des hirondelles virevoltent dans la nef. C’est beau ! C’est le cadeau des courageux car le soir, je ne les ai jamais vues ! où peut bien se trouver leur nid ?

Nous sommes 19 retraitants…. Ça ne fait pas beaucoup de courageux ! …. Comme je les comprends !

Idem pour les moines. Sur 6 il en manque 2. Le plus jeune… sans doute celui qui nous fait la lecture le midi. Je dis sans doute, car on ne voit pas le lecteur. Tout est retransmis en direct par haut-parleurs dans le réfectoire.

Il manque aussi celui qui chante le mieux et le plus juste. J’ai bien remarqué que les autres moines se calent sur lui à chaque fois.

… Je n’avais pas tort ! ce matin, sans lui, ce fut une belle cacophonie ! désolée, mais sérieux ! à la Nouvelle Star, je ne me retourne pas un brin !

Les 3 gars devant ont confondu Office et spectacle ! Ils restent assis tout le long du programme. Moi, derrière, bonne élève, je suis la cadence : debout, assis, debout, assis… à genoux. Ah non ! pas à genoux ! j’aime pas ! et mes genoux non plus.

5h… Fin de l’Office. Je retourne immédiatement me coucher. Mais là… impossible de me rendormir. Le jour commence à se lever, les oiseaux papotent dans les arbres… le calme est là … et ma sérénité aussi apparemment. J’ai envie de profiter de ce petit matin. Je descends à la cuisine et pique un broc d’eau chaude et 1 sachet de thé. Je vais déjeuner emmitouflée devant ma fenêtre ouverte. Bon… Bah …. pas longtemps ! Il fait vraiment froid le matin ici.

… Que vais-je faire de cette belle journée ? Marcher ? visiter l’abbaye ?

Etre avec moi ? Assurément ! Avec Moi.

…. Je me suis calée pour lire mes fleurs et me suis endormie ! profondément. Réconciliée avec pépé Simmons, qui au fil des jours s’est adouci, assoupli…. J’ai comme l’impression que son gros ventre s’est creusé pour me faire un nid. J’ai dormi longtemps, loupant les Laudes (de 7h45). Mes yeux ont accepté de s’ouvrir à 9h30. Ai-je tant de sommeil en retard ?

Déjà des visiteurs sur le chemin. … ça papote et papote. Si je reviens à Sénanque, je demande toutes les chambres sauf la 35.

Je saute dans mon short, une envie subite d’aller là-haut. Là où les badauds et leurs appareils photos ne vont pas. A cause des cailloux, des tongs ; du soleil, de trop de marche….

Un paréo sur mon short pour traverser l’hôtellerie et ne choquer personne, je fonce sur le chemin. Le calme revient. Le ruisseau ; les oiseaux, le vol des insectes…. Et rebelotte… les toiles d’araignées. Ça me surprend moins. Je frotte tranquillement mes bras mais n’y prête presque plus attention. D’ailleurs… Mike Horn a complétement disparu de la circulation. J’écoute mon souffle.

Arrivée en haut du chemin caillouteux, je prends à droite pour découvrir plus loin un nouveau champ de lavande et de coquelicots. J’aimerais bien continuer un peu plus loin mais je suis partie trop tard, encore une fois sans avertir mon frérot hôtelier. Je préfère rebrousser chemin. Une bonne douche… En passant je vois, sur le coin de mon bureau, les fleurs, qui m’attendent sagement.

Juste avant le déjeuner, je m’installe dans la bibliothèque pour travailler un peu. J’observe de loin les gens sortir par petits groupes de l’église. Une japonaise qui ne m’a surement pas remarquée à l’intérieur pose lascivement contre le mur du bâtiment. Le rideau cache celui ou celle qui prend la photo. C’est drôle ces pauses qu’elle prend. Un bras levé, la tête en arrière, une mèche arrangée de côté… C’est le souvenir qu’elle emportera de Sénanque : elle dans le lierre, contre la pierre d’un bâtiment dont elle ne connait rien. A un moment, j’ai eu envie de me poster derrière elle pour apparaitre dans la photo avec une belle grimace qu’elle aurait découverte à son retour chez elle. Mais dommage de gâcher ce cliché ! Pour le coup… le mot cliché lui va bien !

Le frère hôtelier agite sa cloche… C’est l’heure du repas. On se croise… juste un petit « bonjour » – « bonjour »…. Je crois que je l’ai définitivement vexé l’autre jour en dénigrant sa chambre. Faut dire qu’il me l’avait bien vendue : « c’est une vaste chambre… Vous avez la chance de l’occuper seule alors qu’elle est pour deux… » et moi qui redescend après la visite en me plaignant de la vue! « mais enfin !! il n’y a pas de mur ! il n’y a que de la verdure !! ». « si ! il y a un mur »…… Ce soir là… Dans la rose, il voyait la fleur. Moi, je voyais les épines. Aujourd’hui, les épines ont changé de formes : ce sont les touristes !

Si je fais le bilan de ce séjour, à plus de mi-parcours, je dirais que je me suis réconciliée avec la concentration au travail. Je me suis également reposée, et mon mental a, du coup, perdu quelques amis. Ça parle moins là-haut !

Pour la Joie ? Non. Pas de Joie à ce jour. Attention, je parle de la Vraie Joie. Celle qui vibre à l’intérieur.

Le calme a fait sa place. Maintenant, j’attends l’étincelle. « quand c’est qu’elle va veniiiiiiiiiiiiiiiiir ? » Aie… Elie Kakou a fait son apparition dans mon mental ! Je n’y peux rien…. Mais j’avoue que ça me fait rire.

17h45… Ouh la la, c’est dur cet après-midi. J’ai choisi de travailler mais le cœur n’y est pas. Je ne retiens rien. Je parlais tout à l’heure de concentration au travail ? Bah là ; elle a disparu. Je tourne en rond, je n’ai envie de rien. Ni dormir, ni travailler.

Les Vêpres ne vont pas tarder. Ça va me changer les idées. Tiens ? En parlant d’office. A 14h30 pour None, je me suis retrouvée seule avec les moines dans la petite chapelle. Je pense qu’aucun retraitant ne sait que ça se passe là en petit comité. A la sortie, j’ai croisé un nouveau pensionnaire. Je l’ai vu attendre sagement dans l’église. Je lui demande s’il attend l’office. « Oui… Mais y’a rien. ». Et non. Il fallait aller dans la chapelle. Je lui explique le chemin. Il est dépité comme s’il avait manqué le moment le plus important de sa vie ! Pourtant, quand je l’observe, j’ai bien l’impression qu’il est comme moi, lui ! Il n’a pas l’air d’y connaitre grand-chose en religion et les prières c’est pas son fort. Ça m’amuserait de savoir ce qu’il est venu chercher ici. On croise des gens tellement différents dans ce lieu !

Dans la Vraie Vie, ou la fausse Vie ? Enfin… dans l’autre Vie, est-ce que l’on se croiserait ? se parlerait ? Mystère…

21h30….. j’ai l’impression que plus le temps passe et moins j’ai de choses à raconter ! Repas du soir ? RAS. Ah si ! j’ai fait la connaissance de Nicolas. Il vit dans un vieux monastère acheté par le Père Pierre, un moine qu’il accompagne. Ce moine a créé là-bas, une communauté laïque d’hommes et de femmes qui tentent de faire vivre ce lieu. On a curé les casseroles ensemble… Puis on s’est quittés pour les Vêpres. Tiens c’est drôle cette phrase pleine de religion !

Office du soir : RAS.

Je traine un peu autour de l’abbaye. Je l’observe de loin cette vieille dame… Mystérieuse… Je me demande ce qui m’attire tant chez elle…

…..

 

Suite de l’aventure dans la partie 5/6…..

 

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